Pendant des années, Doctolib a été présenté comme l’exemple d’une scale-up française devenue indispensable.
Puis, le 6 novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a rendu une décision structurante (25-D-06), sanctionnant l’entreprise pour abus de position dominante dans le secteur de la prise de rendez-vous médicaux en ligne.
Un rappel que, même pour un champion national, la conformité au droit de la concurrence ne connaît aucune exception.
⚖️ Que reproche exactement l’Autorité ?
Les éléments retenus reposent exclusivement sur des faits établis.
1️⃣ Des clauses d’exclusivité (2017–2023)
L’Autorité relève que les contrats interdisaient l’usage de services concurrents, avec la possibilité de suspension ou résiliation en cas de non-respect.
Les documents internes montrent que le caractère anticoncurrentiel de ces clauses avait été identifié, un élément qui a pesé dans l’analyse de la pratique.
2️⃣ Une pratique de vente liée (à partir de 2019)
L’accès à Doctolib Téléconsultation supposait la souscription à Doctolib Patient.
Pour une entreprise en position dominante, ce couplage constitue une pratique restrictive lorsqu’il lie artificiellement deux services distincts.
3️⃣ L’acquisition de MonDocteur (2018)
La décision applique pour la première fois en France l’arrêt Towercast (CJUE, 2023), permettant d’examiner une concentration sous les seuils à l’aune de l’article 102 TFUE.
L’Autorité a retenu des éléments internes indiquant une volonté de neutraliser un concurrent direct.
La sanction reste toutefois symbolique (50 000 €), l’incertitude juridique pré-Towercast ayant été reconnue.
📊 Une position dominante solidement établie
Selon les données publiées par l’Autorité :
- plus de 70 % de parts de marché (et parfois davantage) sur la prise de rendez-vous depuis 2017,
- plus de 40 % sur la téléconsultation,
- des effets de réseau majeurs, caractéristiques des plateformes bifaces.
C’est ce contexte qui rend les pratiques relevées juridiquement problématiques.
🔍 Sanction nécessaire… mais quelle lecture stratégique ?
Sur le plan strictement juridique, la décision apparaît cohérente :
✔ application des articles L. 420-2 C. com. et 102 TFUE,
✔ qualification des pratiques appuyée par des preuves documentées,
✔ modulation de la sanction concernant MonDocteur au nom de la sécurité juridique.
🧭 Un autre débat émerge
👉 La France applique-t-elle une rigueur plus forte que d’autres pays vis-à-vis de ses propres innovations ?
👉 À quel point cette exigence pèsera-t-elle sur la capacité des acteurs européens à se développer face aux plateformes américaines ou asiatiques ?
Ce n’est pas un reproche, ni une conclusion politique : c’est une question légitime dès lors que droit de la concurrence et stratégie industrielle s’entrecroisent.



