L’avatar IA à la barre : l’audience qui tourne au fiasco

La scène aurait pu être tirée d’un film, mais elle s’est réellement déroulée à la Cour suprême de l’État de New York le 26 mars dernier.

Dans les faits, Jerome Dewald, 74 ans, comparaît devant la justice pour une plainte contre son ancien employeur. Sans avocat pour le représenter, il propose de diffuser une vidéo préenregistrée pour présenter sa défense.

Surprise dans la salle d’audience, l’orateur, généré par IA, un avatar numérique, qui s’exprime à l’écran est un jeune homme d’une trentaine d’années et ne ressemble en rien au plaignant.

« Est-ce que c’est un conseiller pour la plainte ? » s’interroge la juge Sallie Manzanet-Daniels. « Je l’ai généré. Ça n’est pas une vraie personne » répond simplement Dewald.

La réaction de la magistrate fut sans appel : « Ça aurait été bien de nous en informer […] Je n’apprécie pas d’être induite en erreur […] Éteignez-moi ça !« 

Plus tard, M. Dewald fera ses excuses à la Cour, invoquant sa crainte de bégayer.

 

L’intelligence artificielle transforme nos métiers, mais son intrusion dans l’enceinte sacrée des tribunaux soulève des questions cruciales.

 

Au-delà de l’anecdote, cette affaire inédite met en lumière plusieurs problématiques fondamentales pour notre profession 🔍:

  1. L’authenticité des témoignages : L’utilisation d’un avatar généré par IA pour s’exprimer devant un tribunal soulève des questions sur la véracité et la crédibilité des propos tenus. Comment garantir l’identité et la sincérité d’un témoignage délivré par un avatar ? L’IA peut gommer des signes de nervosité, de mensonge ou, inversement, simuler une assurance trompeuse.
  2. Le respect des protocoles judiciaires : Bien que M. Dewald ait présenté ultérieurement des excuses, invoquant sa crainte de bégayer et son incapacité à créer un avatar à son image, son initiative unilatérale constitue une entorse sérieuse aux procédures établies. En effet, l’utilisation d’une technologie aussi disruptive sans information préalable de la cour et des parties adverses constitue un manquement grave aux principes du contradictoire et de loyauté procédurale. ⚖️
  3. L’Équité et l’Intégrité du Procès : L’usage d’un avatar peut-il influencer indûment le juge ou un jury ? Peut-il créer une rupture d’égalité entre une partie utilisant l’IA et une autre s’exprimant « naturellement » ? L’intégrité de l’audience est en jeu.
  4. L’absence de cadre réglementaire : Ce cas révèle un vide juridique concernant l’utilisation des technologies d’IA dans les procédures judiciaires. 💡

 

Une réflexion déontologique essentielle 🧠

Au-delà des aspects purement juridiques, cette affaire, bien que singulière, est un avertissement ⚠️ : l’adoption précipitée ou opaque de l’IA dans le prétoire peut avoir des conséquences désastreuses.

L’émergence de représentations virtuelles soulève la question cruciale de l’identité juridique à l’ère numérique : qui parle réellement lorsqu’un avatar s’exprime ?

Si Jerome Dewald a payé le prix de son innovation maladroite, son cas servira indéniablement de jurisprudence informelle dans ce domaine, la technologie doit servir la justice sans la dénaturer.

 

💬 Quelles limites faut‑il poser à l’IA dans nos audiences ?

Facebook
Pinterest
Twitter
LinkedIn

Derniers articles